Communiqués

Lettre: Un signal fort pour l’agriculture afin d’assurer notre autonomie alimentaire

17 avril 2020

Madame Marie-Claude Bibeau

Ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire

 

Objet : Un signal fort pour l’agriculture afin d’assurer notre autonomie alimentaire

 

Madame la Ministre,

Dans le contexte de la crise du covid-19, je vous écris pour vous demander de donner un signal clair au monde agricole et agroalimentaire. Les nombreuses incertitudes, liées particulièrement à la main-d’œuvre et à la mise en marché, incitent présentement nombre de producteurs à remettre en question, soit leur production, soit la nature de celle-ci. Ainsi, à chaque jour de délai supplémentaire, ce sont des superficies de culture qui sont perdues pour la saison. Des annonces concrètes sont nécessaires pour dire que l’État sera là pour soutenir le milieu. Nous devons inciter les producteurs à produire.

À la suite du point de presse de la Fédération canadienne de l’agriculture et des diverses rencontres et discussions tenues récemment avec les intervenants du monde agricole et agroalimentaire, j’aimerais porter à votre attention certaines de leurs propositions.

Premièrement, je vous rappellerai deux mesures mentionnées dans ma lettre du 6 avril dernier. Il est impératif d’annoncer une augmentation des marges assurables de 70 % à 85 % pour le programme Agri-stabilité.   Les risques sont actuellement trop grands et moult producteurs hésitent à débuter les cultures, de peur de ne pouvoir récolter. Une bonification du programme Agri-investissement de 5 % sans contrepartie doit aussi être étudiée. Cette mesure pourrait donner un sérieux coup de main en augmentant les liquidités sans augmenter l’endettement.

Des mesures doivent également être mises en place afin d’inciter les travailleurs locaux à s’engager sur les fermes, car, compte tenu de la crise, le nombre de travailleurs étrangers au pays sera nettement insuffisant cette année.

Afin d’éviter un gaspillage alimentaire, il faudrait aussi se pencher sur la position des producteurs de bovins qui proposent la mise en place d’un programme de mise en attente pour la commercialisation du bétail lorsque la capacité de transformation n’est pas disponible. Permettant ainsi d’éviter des situations critiques telles que l’euthanasie humanitaire.

Toujours dans une optique de préservation des ressources alimentaires, je vous rappellerai aussi la proposition des transformateurs laitiers visant à augmenter la capacité de crédit de la Commission canadienne du lait, lui permettant de stocker davantage de produits de longue conservation. Vous aviez reçu favorablement cette proposition lors d’échanges antérieurs, mais nous n’en avons pas de nouvelle depuis.

Le temps passe rapidement et le printemps ne pourra pas être retardé. L’heure est aux décisions pour les producteurs, mais aussi pour le gouvernement fédéral. Au moment où l’aide fédérale s’amplifie, de façon justifiée, pour l’ensemble des secteurs de l’activité économique, le monde agricole a besoin d’un signal rassurant. Il est primordial de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour stimuler la production agricole au pays.

N’oublions pas que les agriculteurs sont des entrepreneurs qui doivent mesurer leur niveau de risque avant d’investir. Le monde instable de la pandémie n’est pas favorable aux investissements nécessaires en début de saison. Nous devons dire aux agriculteurs qu’une bonne portion des risques est assurée et qu’ils peuvent aller de l’avant. Des terres non cultivées signifient des récoltes plus petites ou inexistantes, ce qui signifie une rareté des produits et une inflation importante doublée d’une plus grande dépendance aux produits de l’extérieur. Il en va de notre autonomie alimentaire et c’est, je le crois, une question de sécurité nationale.

En terminant, je vous assure encore une fois de plus ma sincère collaboration pour la suite des choses.

Veuillez accepter, Madame la Ministre, mes sincères salutations.

 

Yves Perron

Député de Berthier—Maskinongé

Porte-parole du Bloc Québécois en agriculture, agroalimentaire et gestion de l’offre